Le “geek”, qui est-il réellement?

19/10/20

Actualités

Dans le milieu de l’Internet, et du numérique de façon bien plus générale, le terme de “geek” s’avère être récurrent. Il est employé de diverses façons et à toutes les sauces, recouvrant de nombreuses réalités. Qu’est-ce vraiment qu’un geek? Entre le cliché et la réalité du terme et des faits, c’est la question à laquelle cet article va tâcher de répondre.

Les définitions du terme “geek” sont multiples. Chacun y va de sa petite touche personnelle et s’y forge son propre avis, bien souvent issu de sa propre perception de la culture numérique. Selon le Larousse, le geek est un “Fan d’informatique, de science-fiction, de jeux vidéo, etc., toujours à l’affût des nouveautés et des améliorations à apporter aux technologies numériques”. Selon linternaute.fr, c’est une “personne qui possède de grandes connaissances dans un domaine précis, tel que l’informatique, les nouvelles technologies, la science-fiction, ou encore les jeux vidéo. Cette passion parfois mal comprise est poussée à l’extrême dans le cas des “nerds” (selon linternaute : “Sous-catégorie du Geek, se dit d’une personne n’ayant plus de vie sociale à cause de sa passion exagérée de l’informatique et des sciences”. Pour cette raison, le terme geek est aussi utilisé de façon péjorative”.

Les définitions sont donc nombreuses et semblent toutes se rattacher à la culture numérique. Les deux dernières abordent même l’aspect négatif qu’il est possible de lui trouver, par des personnes jugeant la passion des geeks extrême. Ce sont en effet souvent deux mondes bien différents qui s’opposent quand il y a une vision négative et péjorative du terme.

Penchons nous également sur l’étymologie et la provenance de ce mot de “geek”. Les origines pourraient en être multiples. Dans le moyen bas-allemand peut être avec geck qui signifie “fou” ou “espiègle”, dans le néerlandais gek pour “fou” ou “idiot”. On peut aussi y retrouver des liens en patois du Nord et de l’Est de la France avec le “gicque” qui désigne le fou du carnaval (en Alsace, lors des défilés à l’occasion de carnaval, on porte des gickelshut, bonnet de gicque).

Le terme de “geek” trouve des origines linguistiques dans le milieu carnavalesque.

Quoiqu’il en soit, les origines du terme ne sont que peu glorieuses. “Geke”, ancêtre orthographique de “geck”, apparaît pour la première fois au début du XVIe siècle sous la plume du poète écossais Alexander Barclay (”He is a foole, a sotte, and a geke”). En 1601, c’est Shakespeare lui-même qui l’emploi à nouveau dans “La Nuit des Rois” pour signifier péjorativement un personnage qui subit des moqueries. C’est en 1876 dans le Oxford English Dictionnary que le “geek” devient l’idiot. Et le terme ne s’améliore pas avec les années, car au début du XXe siècle, le “geek man” est celui qui fait des choses malsaines. En 1920, Truman Capote se sert du mot pour désigner des hommes solitaires, fous et négligés. Le “geek” devient aussi au cirque une personne atteinte d’un handicap mental qui effraie les visiteurs. C’est en 1957 que Jack Kerouac l’emploie dans un sens pleinement différent, pour parler d’étudiants passant leur vie entière le nez plongé dans leurs livres. En 1960, avec les calculatrices puis les ordinateurs des années plus tard, le terme “geek” va désigner de plus en plus les matheux et/ou scientifiques.

William Shakespeare fait partie des auteurs qui ont employé un terme ancêtre de celui de “geek”.

Mais bien au-delà des définitions, que signifie aujourd’hui être un geek? Les enjeux sociologiques en sont importants tant les geeks en tant que groupe de personnes sont difficiles à définir, catégoriser et décrire. Certains se reconnaissent dans la définition, d’autres s’y incluent sans forcément en faire partie, ou bien encore s’en excluent totalement alors qu’ils remplissent tous les critères.

L’un des points essentiels à aborder est celui de la culture geek. Le geek est forcément un amateur de la “culture geek” et baigne dedans. Cette culture relativement récente repose sur des communautés qui se retrouvent dans le jeu (vidéo, de société, de rôle, etc.), l’imaginaire (fantasy, science-fiction, comics, manga, etc.) ainsi que les sciences et les technologies (théories scientifiques, informatique, programmation, etc.). Cette culture geek se fond parfaitement dans notre société capitaliste avec une forte importance accordée au divertissement.

Le jeu vidéo est une part importante de la culture geek.

Les domaines côtoyés par le geek lui permettent une certaine évasion du monde réel. C’est un besoin essentiel chez lui. L’imaginaire est après tout l’un des plus importants constituants de l’Humain. L’Homme a toujours voulu comprendre le monde, y trouver sa place afin de l’améliorer, notamment par des histoires et du jeu.

C’est une autre perspective du réel que développe le geek. Il n’y a qu’à voir les oeuvres de science-fiction qui proposent des mondes alternatifs au nôtre. Face à ce qu’il ne connaît pas réellement car purement imaginatif et imaginé, le geek vit temporairement dans un autre univers au sein duquel sa culture lui permet d’être transporté.

La science-fiction et ce qui en dérive est une passion commune pour un grand nombre de geeks.

La culture geek est centrale, et fusionne de plus en plus avec la “pop culture” (la culture populaire quelque sorte). Preuve en est, l’explosion des marchés des éléments geeks explose, et les éléments les concernant sont de plus en plus huppés. Les films de super-héros de chez Marvel ou bien DC Comics sont par exemple systématiquement des blockbusters à succès. Pourtant, ils sont bel et bien issus de la culture geek.

L’un des points découlant de la culture geek qui peut amener cette vision négative est que leurs activités sont plutôt introverties, en intérieur et non en extérieur, amenant parfois des difficultés sociales. Cela n’empêche pas le geek de se trouver et de se créer sa propre communauté, rassemblée autour des goûts et des passions communes. Celles-ci sont parfois très importantes, comme peuvent en témoigner les grandes conventions qui se déroulent dans de nombreux pays plusieurs fois par an, les nombreux grands forums sur Internet…

Les jeux de société (“The Blood Rage” ici), les amènent à se retrouver pour de longues journées ou soirées jeux passionnantes.

Il faut reconnaître en toute objectivité que si le geek existe en tant que tel, c’est en lien direct avec cette société de consommation capitaliste de divertissement dans laquelle nous vivons. C’est cette même société qui permet le développement des éléments de la culture geek, sans laquelle ses amateurs ne se retrouveraient pas.

Les comics et les films qui en découlent sont importants pour les geeks et les relient (comme les jeux) à la société de consommation capitaliste de divertissement dans laquelle nous vivons.

La pensée critique est également au centre des raisonnements. En effet, le geek est bien souvent cultivé, il aime le savoir, les faits et l’objectivité (nous parlons ici d’une majorité abstraite, et non pas d’une totalité). Ceci vient notamment de leur intérêt pour ce qui est scientifique, qui peut renvoyer à la science-fiction et aux mondes imaginaires qu’ils apprécient tant. Regardez par exemple la fameuse série The Big Bang Theory, où tous les geeks que nous suivons sont dans le milieu des sciences universitaires. L’idéal voulu et mis en avant par les geeks est celui du détachement scientifique.

Ce qui peut expliquer son importance dans le milieu universitaire est qu’un geek n’aime pas ne pas maîtriser un sujet. S’il se lance dedans, il doit le connaître dans son intégralité, le maîtriser afin d’en parler pendant des heures. Le partage est ici central. Le geek est un véritable passionné, et il n’y a qu’à l’écouter argumenter sur un sujet qui l’intéresse (et que donc il maîtrise) afin de s’en rendre compte.

Nous avons bien souvent une image stéréotypée du geek, mais en ne l’associant bien souvent qu’aux ordinateurs ou aux jeux vidéos. Cet article vous a peut être permis d’élargir votre point de vue, et nous vous invitons à suivre nos publications, un article allant venir sur les éléments phares de la culture geek.

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