Pharos, plateforme de signalement des contenus illicites en ligne

22/10/20

Actualités

C’est un terrible fait d’actualité qui n’a échappé à personne ces derniers jours : l’assassinat du professeur d’histoire-géographie Samuel Paty, décapité en pleine rue suite à un cours sur la liberté d’expression, pose un grand nombre de questions. Plusieurs signalements ont été effectués sur Pharos en lien à cette affaire, mais qu’est-ce véritablement que cette plateforme?

Le vendredi 16 octobre 2020, Samuel Paty est décapité en pleine rue. Ce professeur d’histoire-géographie avait quelques jours auparavant montré les caricatures de Mahomet par Charlie Hebdo à ses élèves. L’extrémisme religieux a ensuite frappé de sa haine, et nous connaissons tous la suite. Même si la compassion et le recueillement ont été de mise, cela n’a pas empêché certains partisans de ces idées religieuses extrémistes de proférer par la suite sur Internet des messages de soutien au terroriste. Certains de ces messages ont été relevés sur la plateforme Pharos, qui a permis plusieurs signalements en lien à l’affaire.

Pharos, acronyme pour Plate-forme d’Harmonisation, d’Analyse, de Recoupement et d’Orientation des Signalements”, a été mise en place en juin 2009 par le ministère de l’Intérieur. Les internautes peuvent y signaler un grand nombre de contenus illicites : incitation à la haine raciale, appel à la discrimination, pédophilie, corruption de mineur, incitation à la violence, menaces, trafics, mises en dangers de personnes, escroqueries, etc. Le champ d’action est véritablement très large. 57% des signalements concernent des escroqueries, 11,2 sont au sujet d’atteintes aux mineurs et 7.7 des discriminations.

Pharos ne concerne pas que les réseaux sociaux. Un internaute lambda qui tombe sur un contenu illicite peut le signaler (en précisant la date de consultation, l’infraction constatée, le site, le lien). Ces signalements sont ensuite analysés par des policiers et gendarmes qui sont exclusifs à la plateforme. Si les contenus analysés sont bien illégaux, les services compétents et concernés sont par la suite appelés et une enquête peut être ouverte sous l’autorité du procureur de la République.

La plateforme dépend de la direction centrale de la police judiciaire, car elle fait partie également de l’Office central de lutte contre la criminalité liée aux technologies de l’information et de la communication (les deux organismes sont liés). L’équipe de Pharos est par ailleurs en lien fréquent avec les grandes plateformes communautaires d’Internet (les réseaux sociaux Facebook et Twitter notamment). C’est via que transitent les demandes de suppression de contenus faisant l’apologie du terrorisme ou pédopornographiques.

Les chiffres sont assez révélateurs. En février 2020, nous étions à 1 584 130 signalements depuis 2009 et la création. La moyenne de signalements par semaine est de 4 395. Marlène Schiappa, qui en a visité les locaux lundi 19 octobre (suite à l’assassinat de Conflans), estime que “la plate-forme Pharos est bien identifiée par la population”. Certains périodes demeurent plus propices à l’utilisation de Pharos. En effet, après les attentats de janvier 2015, plus de 20 000 signalements sur une durée de six jours avaient été observés, principalement pour apologie du terrorisme ou incitation à la haine.

Mais les chiffres évoluent. Dans un rapport de 2019, le ministère de l’Intérieur, pour analyser la menace terroriste, avait noté une baisse des signalements de propos à caractère terroriste, 12 100 en 2018 contre 30 634 en 2017. Cette année 2017 peut sans doute être vue comme étant proche de l’année 2015, où la France a été durement touchée par les attentats.

En lien à l’affaire Samuel Paty, Pharos a été utile à plusieurs reprises. Dès le mois de juillet 2020, le compte du terroriste avait été signalé (révélations de la part de Mediapart dès le lendemain des faits). L’information avait été remontée jusqu’à la DGSI.

Mais suite à l’attentat, Pharos a également bien fonctionné. Le dimanche 18 octobre, soit deux jours après les faits, l’Élysée a déclaré que Pharos “a identifié 80 messages qui soutiennent l’action de l’agresseur. Ils donneront lieu (...) à des procédures diligentées par la police ou la gendarmerie.”

Une question demeure, au sujet des vidéos qui appelaient à la mobilisation contre Samuel Paty. Ces vidéos existent depuis début octobre. Dessus, on y trouve insultes, harcèlement, propos diffamatoires... Mais le ministère de l’Intérieur a été très clair, ces catégories “relèvent de la compétence du commissariat de police ou de la brigade de gendarmerie de votre lieu d’habitation et non de Pharos”. C’est d’ailleurs auprès de sa gendarmerie de secteur que Samuel Paty avait déposé plainte pour diffamation l’accusant d’avoir montré à des élèves des images pédopornographiques en classe.

Pharos est un outil très intéressant dans la lutte contre les contenus illicites. Ceux-ci prolifèrent sur Internet (sur les réseaux sociaux, mais pas que). N’hésitez pas à aller prendre connaissance de cette plate-forme et de son fonctionnement, pouvant se révéler très utile suivant les propos sur lesquels vous tombez sur Internet.

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