L’usage des drones contesté pour le respect du confinement

6/5/20

Actualités

Plusieurs mesures ont été entreprises durant la crise du Covid 19 afin de tenter de faire respecter le confinement. Effectifs supplémentaires pour les forces de l’ordre, attestation de sortie dérogatoire, exceptionnelle campagne de mobilisation #restezchezvous. Mais ce n’est pas tout. Plusieurs municipalités ont mis en place des drones afin de surveiller la population, ce qui a été sujet à débat.

Lyon, Paris, Nantes, Toulouse, Orléans, plage de Saint-Michel-en-Grève... Plusieurs lieux en France ont vu des drones voler au-dessus de leurs territoires. Les vidéos ont beaucoup circulé au début de la période de confinement, ces appareils volants émettant des messages à destination des promeneurs leur rappelant le respect des règles de sécurité. Ce message audio peut par ailleurs rappeller certaines oeuvres (films ou romans) d’anticipation où une surveillance est accrue (pensons notamment au très célèbre 1984 de George Orwell ici). L’usage n’est pas que dissuasif par le biais du message, les drones guidant également deux agents au sol, qui interviennent si cela est nécessaire.
Cependant, même si ces déploiements aériens ont surpris au début, une partie des Français y a par la suite vu une véritable aide aux forces de l’ordre si mobilisées en ce moment afin de faire respecter l’état d’urgence sanitaire. Cette même partie de la population française s’est montrée compréhensive des systèmes qui permettent d’assurer la sécurité sanitaire du pays. Preuve en est avec les avis favorables sur l’application à venir Stop Covid, dont nous parlerons dans un prochain article.
Des hauts gradés de la gendarmerie ont même expliqué les raisons de ce déploiement. Henri Dulong de Rosnay (dans Mediacités), colonel de gendarmerie en charge de la Direction des moyens aériens de la zone ouest : “On essaye de limiter le nombre de personnes au sol car, en dehors de faire respecter le confinement, nos autres missions continuent”.

Des problèmes et oppositions se présentent face à cette utilisation. Outre la surprise qu’ont amené ces drones, et même si cela a été compris par une partie des Français, les contestations sont présentes. Les raisons en sont diverses : atmosphère stressante amenée par ces messages et ces survols de drones alors que la sortie quotidienne d’une heure est autorisée, manque de respect aux libertés fondamentales (pour ne citer que les deux principales). Ces deux contestations ont été aisément détournées par les pouvoirs publics, rappelant que même s’il est sanitaire, nous vivons un état d’urgence, qui peut donc restreindre un grand nombre de libertés individuelles.
Le dimanche 12 avril, Christophe Castaner, ministre de l’Intérieur, a publié un appel d’offres : 4 millions d’euros pour l’achat de 650 drones. Il a bel et bien nié que cette commande était liée au confinement, mais cela ne l’a pas empêché de préciser que même si ce n’était pas leur utilisation première, ils pourraient être utilisés dans cette optique (si celui-ci venait à reprendre face à une deuxième vague peut-être?)
La question légale pose également souci. En effet, le 2 mai, deux associations sont montées au créneau, et pas des moindres : la Ligue des droits de l’homme et la Quadrature du Net. Leur demande va dans le sens d’une cessation de captation de toute image, et d’une destruction de celles qui ont déjà été filmées. Les actions menées par ces drones constituent, selon ces deux associations, une atteinte au respect de la vie privée et à la protection des données personnelles. Leur principal socle d’attaque étant que ceci s’est effectué hors de tout cadre légal et validation administrative dédiée. La contestation est actuellement dans le flou. Selon certains avocats spécialistes des libertés individuelles, ce recours est totalement justifié et pourrait aboutir. La Préfecture de police de Paris n’a quant à elle pour l’instant pas répondu aux sollicitations de la presse à ce sujet...

Cette crise du Covid 19 et son confinement nous ont fait connaître des situations nouvelles, de restrictions des libertés individuelles et fondamentales, que certains auteurs de fiction avaient déjà pu imaginer. Celles-ci sont désormais concrètes, même si contestées bien que faisant l’objet d’une justification par les pouvoirs publics concernés. Ceci ne durera-t-il que lors de cette crise, ou bien est-ce le début d’une nouvelle ère que nous connaissons là, comme certains le pensent? Pour reprendre, francisée, la fameuse expression britannique, “attendons et voyons” ce qui nous attend par la suite...

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